la politique expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

Quelques références au livre (2010-2012)


Dans Vies de famille, d’octobre 2010.
Dossier de six pages réalisé par Isabelle Gravillon :

Ouvrir votre enfant au monde, l’inciter à s’intéresser à ce qui se passe autour de lui, l’aider à sa forger des opinions, l’encourager à agir afin d’améliorer les choses à son petit niveau : autant de manières de l’éveiller quotidiennement à la citoyenneté.
Ecologie, civisme, solidarité... Nos enfants se mobilisent !

Junior et les élections, article de Sandra Franrenet dans Le Figaro.fr du 2 mai 2012.

À quoi rêvent les gosses d’aujourd’hui ? Devenir président ? ministre ? député ? À l’heure où les Français sont appelés aux urnes, nos spécialistes débattent sur la manière dont les enfants perçoivent la politique.

« Moi, quand je serai grande, je travaillerai à l’ONU ! » Si Mafalda, la petite héroïne des BD de Quino, était née en France au début des années 2000, rêverait-elle toujours de devenir haut fonctionnaire pour changer le monde ? Pas sûr, à écouter Denis Langlois, selon qui l’intérêt des enfants pour les problèmes politiques est moins prégnant que dans les années 70 ou 80. « Beaucoup de gamins de soixante-huitards caressaient l’espoir de changer le système par les urnes. La crise économique a tristement étouffé cet élan utopique ». Professeur d’histoire-géographie dans un collège d’Argenteuil classé en ZEP, Matthieu Tourneur confirme : « La veille de la clôture des listes électorales, j’ai alerté mes élèves pour qu’ils incitent leurs parents à s’inscrire. Ma remarque a été accueillie par une salve de ricanements. »

De là à dire que la sinistrose serait la seule coupable de ce désintérêt, il n’y a qu’un pas. Que nos interlocuteurs refusent de franchir : « Le collège est une étape importante qui marque l’entrée dans l’adolescence. À cet âge-là, on a bien d’autres choses en tête que la politique », sourit Matthieu. À moins qu’elle ne prenne des allures de grande pantalonnade.

Sarkozy qui trébuche, Hollande qui se fait entarter, Mélenchon qui bafouille…Les ados sont friands de vidéos mettant en scène nos infortunés présidentiables. « Ils guettent celles qui buzzent et les postent sur Facebook », constate Jacques Henno, spécialiste de l’utilisation des nouvelles technologies par les enfants. Rappelant que 37 % des utilisateurs du réseau social ont moins de 18 ans, ce père de famille s’étonne que les pages des candidats soient aussi éloignées des codes de leurs futurs électeurs. Faut-il y voir une erreur de stratégie dans la grande pêche aux voix ? « Pas si vite ! répond notre spécialiste. Même s’ils ne passent qu’une cinquantaine d’heure par an à discuter avec leurs parents contre 1 540 devant les écrans, les enfants redeviennent en majorité fidèles à leur milieu socioprofessionnel quand ils gagnent en maturité. » En attendant, pas de panique si vos ados prennent sciemment votre contrepied ou refusent de discuter politique au motif que ça les “gave grave”, c’est normal !

Dis maman, pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? , article de Martine Laronche, Le Monde, 10 avril 2012.

L’élection présidentielle s’invite dans les cours de récréation. « Dès l’école maternelle, les enfants s’y intéressent mais à la manière d’un match de boxe. Il va y avoir un vainqueur et un vaincu, et c’est ce qui les interpelle », commente Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste.

Le fils de Sabine (qui préfère rester anonyme), 7 ans et demi, s’est accroché avec un ami à propos de leurs candidats respectifs. « Mon fils soutenait Eva Joly, “celle qui défend la planète”, et son ami, Nicolas Sarkozy. Apparemment, la conversation était assez houleuse, raconte-t-elle. Cela nous a permis de parler de la tolérance et du respect des idées de chacun. »

Mis à part l’intérêt qu’ils portent à l’issue finale, les enfants ne se passionneraient pas outre mesure pour la politique. Rédacteur en chef du Petit Quotidien(pourles 6-10ans) et de Mon quotidien (10-13ans),François Dufour remarque que les « unes » sur les élections font régulièrement un flop. L’appel lancé aux lecteurs du
Petit Quotidien sur les questions qu’ils se posent au sujet de la future élection n’a pas été un franc succès.Quelque cinquante réponses sont parvenues, maigre score comparé aux cinq cents réponses à la question « Imagine un projet fou pour la tour Eiffel ».

Parmi les questions que se posent les petits de 6 à 10 ans figurent : c’est quoi la gauche et la droite ? Combien gagne un président ? Le président a-t-il le droit de tuer sans raison ? Denis Langlois, ex-avocat et auteur de La Politique expliquée aux enfants, constate que l’éveil politique dépend principalement de l’environnement des enfants. « Certains ne s’intéresseront jamais à cette question tandis que d’autres, dont les parents sont intéressés par la chose politique, y seront plus sensibles », constate-t-il. Confrontés aux interrogations politiques de leurs enfants, deux attitudes extrêmes sont néfastes, considère-t-il : « La remarque du style“ça n’est pas de
ton âge”, ou le cours d’instruction politique militante forcé. » Les enfants sont très curieux de savoir pour qui votent leurs parents. Les considérant comme des modèles, ils épousent leurs convictions. « Les parents n’ont pas à craindre de dire ce qu’ils pensent, car leurs enfants se feront d’autant plus leurs opinions que leurs parents leur auront expliqué les leurs », remarque Serge Hefez.

Comment éveiller leur conscience de citoyen ? « Les élections sont une bonne occasion de leur faire comprendre que le monde n’est pas divisé en vainqueurs et en vaincus. Tous les avis sont valables, mais il y a des règles et c’est la majorité qui l’emporte », poursuit Serge Hefez.

« Si l’on considère que la politique, c’est comment on organise notre vie tous ensemble dans notre société, on peut s’y intéresser très tôt », ajoute Sophie Lamoureux, auteur de Comment parler de politique aux enfants. On peut prendre des exemples qui les concernent directement comme l’école, la santé et voir avec eux ce que les candidats à l’élection proposent dans leur programme. « Entre 5 et 8 ans, l’injustice révolte les enfants », remarque Sophie Lamoureux. Des questions, comme « pourquoi des personnes dorment-elles dans la rue ? », « pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? » sont l’occasion de leur expliquer le chômage et les inégalités contre lesquelles on peut lutter. « Les enfants possèdent également un sens très fort de la propriété. A partir de là, on peut leur expliquer que la politique fixe des règles pour déterminer “ce qui est à toi, ce qui est à moi” », explique-t-elle.

Vers 8-10ans, les enfants commencent à s’intéresser à l’engagement. Ils aiment les situations où les héros auxquels ils s’identifient font preuve d’un grand courage. « C’est le moment propice pour leur parler des idéaux », complète Sophie Lamoureux. L’histoire, dont ils sont friands, peut être aussi une porte d’entrée sur les différentes organisations politiques et leur évolution. C’est le bon âge pour les amener dans un musée. Enfin, de l’avis de l’auteur, ce qui retient notamment l’attention des préadolescents de 11 à 13 ans, ce sont les héros qui ont su défendre leurs convictions jusqu’à la mort, l’histoire des personnalités politiques, et tout ce qui a été vu à la télé… « C’est l’occasion d’aborder les questions d’idéalisme, de résistance, mais aussi de fanatisme », complète Sophie Lamoureux. Les préados aiment également découvrir « pour de vrai » ce qu’ils ont vu dans les livres. La reconstitution du site du siège d’Alésia, les musées de la Résistance sont l’occasion de satisfaire leur curiosité. Ce peut être aussi l’occasion d’aborder la démocratie sous l’angle des droits mais aussi des devoirs. Les uns n’allant pas sans les autres.

C’est quoi la droite et la gauche ? , article de Léa Vilmer, Blog 1 jour 1 actu, 11 avril 2012.

Comment les idées de gauche et de droite sont elles nées ? Qu’est ce que cela veut dire aujourd’hui être de gauche ou de droite ? Et pourquoi est ce utile de ne pas être d’accord ?
Pourquoi en parle-t-on ?
Parce que dans moins de deux semaines, c’est le premier tour de l’élection présidentielle 2012. Les Français vont voter et choisir leur candidat, à droite ou à gauche.
Un peu d’histoire
La division droite et gauche est née pendant la Révolution française. Quand les tout nouveaux députés de l’Assemblée de 1791 ont dû se décider sur le rôle du roi, ils n’étaient pas d’accord. Certains voulaient que le roi conserve des droits (les conservateurs), d’autres souhaitaient que ses droits soient limités (les partisans du changement). Pour se distinguer, les conservateurs se sont assis à la droite du président de l’Assemblée et les partisans du changement, à sa gauche.
Ainsi sont nées la droite et la gauche.
Aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, les députés de droite ont conservé leur place à la droite du président de l’Assemblée, les députés de gauche, à sa gauche, et ceux du centre au centre.
Ça veut dire quoi, être de gauche ou être de droite ?
Voici les réponses de Gil Delannoi, chercheur en politique :
« Traditionnellement, la droite est plutôt attachée au maintien, à la conservation. La gauche est plutôt tournée vers le changement. C’est pourquoi, en général, on est plutôt de droite dans les milieux riches ou aisés, pour préserver ses richesses. Et on est plutôt de gauche dans les milieux modestes, pour espérer avoir une vie meilleure.
À droite, l’idée dominante est que la société n’est pas si mal faite. Qu’il faut corriger quelques uns de ses défauts, mais que, dans l’ensemble, elle est satisfaisante. À gauche, même si l’on sait que tout n’est pas possible, on a plutôt tendance à vouloir améliorer la société. Et des principes de base sont remis en cause comme par exemple, la place de l’argent et les problèmes d’inégalités. »
Aujourd’hui, certaines de ces différences sont un peu plus difficiles à cerner. La gauche est devenue plus réaliste sur le plan économique, et la droite essaie de lutter contre les inégalités sociales. Sur certains sujets, elles peuvent même être du même avis : la gauche a, par exemple, soutenu la politique de Nicolas Sarkozy en Libye.
Mais des divergences (oppositions) existent toujours et surtout dans la façon de gouverner le pays. Par exemple, pour baisser le prix des loyers en France, la droite propose de favoriser la construction. Elle prétend que s’il y a plus de logements sur le marché, cela fera descendre les prix de l’immobilier. De son côté, la gauche veut réguler les loyers, c’est-à-dire, empêcher qu’ils augmentent trop.
Pourquoi est il important que les hommes et les femmes politiques ne soient pas d’accord ?
Les réponses du politologue Denis Langlois :
« Devant toutes ces divisions et ces opinions contraires, tu peux peut-être penser qu’il y a trop de partis. C’est sans doute vrai, mais il vaut mieux qu’il y en ait trop que pas du tout, comme cela se produit dans certains pays où il est interdit d’avoir des activités politiques différentes de celles du gouvernement en place.
Les partis sont importants, car ils permettent à ceux qui en sont membres d’agir pour transformer la société. Tout seul, c’est difficile d’agir. Regroupés dans un parti, c’est plus efficace, on a plus de force pour exprimer des opinions. »
Les partis de gauche, de droite et du centre :
Pour faire connaître leurs idées et tenter de les faire appliquer, les hommes politiques se rassemblent dans des partis politiques.

Comment parler politique avec ses enfants, article de France Lebreton dans Vos Questions de Parents.fr, 3 avril 2012.

La politique, un sujet encore tabou ?

“C’est quoi la différence entre la gauche et la droite ?”, “Pourquoi tu ne veux pas me dire pour qui tu votes ?” L’élection présidentielle et la période préélectorale suscitent bien des interrogations chez les enfants. Quel parent ne s’est jamais senti embarrassé par de telles questions, n’a pas été tenté d’y répondre sur un mode évasif, voire de les esquiver ?

“Il y a seulement trente ou quarante ans, on ne parlait pas aux enfants de politique ; elle était considérée comme compliquée, et allant à l’encontre de leur pureté et de leur innocence”, rappelle Denis Langlois. Aujourd’hui encore, la politique est taboue dans certaines familles, qu’elles ne se sentent pas capables d’en parler ou qu’elles considèrent que ce sujet ne concerne pas les enfants.

“Pourtant, la politique est partout, dans notre vie de tous les jours !”, s’exclame Sophie Lamoureux. “C’est la manière dont les êtres humains s’organisent pour vivre ensemble ; cela recouvre aussi bien le fonctionnement des institutions que des questions très concrètes, comme la construction d’une route ou les repas à la cantine.

Tous ces sujets intéressent le citoyen. Et on ne devient pas citoyen du jour au lendemain, à sa majorité, lorsqu’on a le droit de voter”, ajoute l’auteur, convaincue que “le sens politique fait partie des valeurs à transmettre pour éduquer son enfant à être acteur de sa vie et à trouver sa place dans la société”.

Accompagner l’enfant dans son questionnement

L’apprentissage de la conscience politique se fait tout au long de la vie. Et c’est avant tout aux parents de l’éveiller, dès le plus jeune âge, en accompagnant leur enfant dans son questionnement. “Pourquoi l’école est-elle en grève ?” ; “Pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ?”

Il est important de rester à l’écoute de ses questions : même s’il n’est pas toujours facile d’y répondre, elles peuvent être le prétexte pour s’interroger ensemble sur des sujets de société qui le touchent.
Adapter les explications à l’âge de l’enfant

Ses centres d’intérêt varient au fil des âges. L’enfant de 5 à 7 ans est interpellé par les injustices (“c’est pas juste !”), les règles de communauté pour apprendre à vivre ensemble, le sens de la propriété (“ce qui est à toi, ce qui est à moi”). À ce stade, l’enfant a souvent l’impression que les autres ont davantage que lui. Ce sentiment peut servir de base pour échanger sur la justice, l’égalité, la liberté. L’adulte aide ainsi l’enfant à se décentrer et à discerner ce qui est juste ou non.

Vers 8 ou 10 ans, l’enfant a besoin de réponses précises, de repères comptables. “Combien y a-t-il de députés ?” “À quoi servent-ils ?” Il est toujours révolté par les injustices, il a aussi envie d’agir pour changer les choses, se sentir utile. Il adore les aventures de héros. Se plonger dans l’histoire des civilisations anciennes, comme l’Égypte ou la Grèce, peut être l’occasion d’aborder l’évolution des organisations politiques.

De 11 à 13 ans, l’enfant entre dans une phase de contestation. Pour faire écho à ce qu’il vit, on peut aborder les chapitres de la Révolution française ou de la Résistance ! Passer par les questions que les hommes se sont posées à cette époque permet de comprendre telle ou telle institution, de lui donner de la chair. À l’adolescence, le dialogue se poursuivra, à condition qu’il ait été initié auparavant.

Montrer le lien entre l’univers de l’enfant et les programmes politiques
L’intérêt des enfants est lié aussi à celui que leurs parents portent à la chose publique. Leurs propres idées servent de socle à la discussion, à condition qu’elles soient cohérentes avec leur comportement. Les adultes en profiteront d’ailleurs pour réinterroger leurs convictions, mettre en cause leurs certitudes, voire se confronter à leurs contradictions.

Denis Langlois conseille de se saisir de la vie quotidienne pour aborder des sujets parfois difficiles. “L’enfant vit dans un univers politique, que ce soit à l’école, dans la rue ou chez lui, en entendant les conversations familiales ou par le biais de la télévision.

Profitons-en pour l’amener à exprimer un avis sur un fait dont il a été témoin. Par exemple, une réaction raciste ou sexiste chez un adulte, une discrimination en classe, une injustice à la maison. Ses parents s’efforceront alors de lui montrer le lien existant entre ce qui se passe dans son univers, les problèmes sociaux (le racisme, les inégalités, la violence…) et les programmes politiques.”
À ce titre, les mois qui précèdent l’élection présidentielle constituent une période favorable au dialogue familial. Notamment avec les plus grands, qui peuvent l’aborder avec un esprit critique. […]

Enfin, il est important de faire découvrir [à un enfant] que ce sera bientôt à lui d’agir et de faire évoluer les institutions pour bâtir une meilleure société, soucieuse du bien commun.



Tu veux réagir ? poser une question ?