la politique
expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

Les journaux, la radio, la télévision, Internet


Pour pouvoir agir en politique ou simplement avoir une opinion, il faut être informé de ce qui se passe autour de soi et dans les différents pays.
Autrefois, les nouvelles se transmettaient lentement. C’était par le bouche à oreille que l’on savait qu’il s’était produit quelque chose à tel endroit. L’un le disait à l’autre qui le répétait et ainsi de suite. Puis il y eut l’écriture, l’imprimerie, les journaux, qui permirent d’informer beaucoup de lecteurs à la fois. Aujourd’hui, il y a la radio, la télévision et Internet.
C’est important pour savoir ce qui se passe dans le monde – personne ne peut réunir à lui seul autant d’informations – mais il ne faut pas oublier que les articles des journaux, les émissions de radio ou de télévision, les annonces d’Internet proviennent d’êtres humains qui, comme tous les êtres humains, peuvent dire la vérité mais aussi se tromper ou mentir volontairement. Ne va surtout pas dire : « Je l’ai entendu à la radio ou à la télévision, je l’ai lu dans le journal ou sur Internet, c’est donc forcément vrai. » C’est peut-être vrai, mais c’est peut-être aussi une erreur, un mensonge ou même une manipulation.
Il faut se méfier également des images. On peut truquer une photo, une vidéo, un film, lui faire dire le contraire de la vérité ou bien une partie seulement de la vérité. Par exemple, s’il y a eu une manifestation dans la rue, on peut te montrer les dégâts provoqués par les manifestants, les vitrines brisées, les bâtiments incendiés, les policiers blessés, mais ne pas te montrer les manifestants que les policiers ont blessés et ne pas t’expliquer pourquoi les manifestants sont descendus dans la rue.
Dans une guerre, on peut montrer les atrocités commises par une armée, sans dire que l’autre armée fait exactement la même chose ou des actes encore plus horribles.
Quand il s’agit de parler d’un problème sur lequel les gens ne sont pas d’accord, on peut donner la parole à une seule catégorie de personnes pour faire croire que c’est l’avis de tout le monde.
Il existe une autre manière de tricher avec la vérité. C’est, lorsqu’un événement important se produit, de le noyer sous un flot d’autres informations. Une injustice grave est commise, une « affaire » éclate, on en parle. Mais on parle en même temps de tout un tas d’autres choses : les départs en vacances, le sport, le concert d’une vedette du rock, le voyage d’un homme politique à l’étranger, le temps qu’il fait.
Les gens sont tellement submergés par les informations qu’ils n’arrivent plus à savoir ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Ils n’ont plus le temps de réfléchir. Ils finissent par donner la même importance à l’accident de la route spectaculaire qui fait trois blessés et à la guerre qui fait des milliers de morts.
Il est nécessaire de faire un choix. Tout n’a pas la même valeur. Il y a des événements qui bouleversent la marche du monde et des petits faits qui ne sont que des péripéties de la vie quotidienne. Pour être bien informé, il faut essayer de se tenir au courant de l’actualité, mais savoir ce qui est important et ce qui l’est moins. C’est à toi de faire le tri. Tes parents, tes amis, tes professeurs peuvent bien sûr t’y aider.
Quand tu veux savoir la vérité sur un événement, ne te contente pas d’un seul son de cloche, d’une seule chaîne de télévision, d’une seule radio, d’un seul journal, d’un seul site d’Internet. Informe-toi un peu partout, dans des médias qui ont des positions politiques différentes. (C’est important que chacun puisse donner son avis ; c’est ce qu’on appelle la liberté d’expression.) Écoute, questionne, discute. Essaie de te faire une opinion personnelle.
Lorsqu’un événement se produit près de chez toi, va te rendre compte sur place, si toutefois cela n’est pas dangereux, plutôt que d’attendre le derrière rivé sur ta chaise devant ton poste de télévision ou ton ordinateur. Rien n’est plus stupide que de regarder sur un écran ce qui se passe « en vrai » sous ses fenêtres.
Quand une information est donnée à la télévision, sur Internet ou dans un journal, regarde bien de qui elle provient. Essaie de voir si c’est l’avis personnel du journaliste, une simple rumeur ou bien un texte rédigé par un gouvernement ou un parti politique. Ne confonds pas non plus les projets et la réalité. Si quelqu’un dit : « Je vais faire ceci », ne va pas penser que c’est déjà fait. Attends pour voir et pour juger. Il y a tant de projets, tant de plans qui ne voient jamais le jour.
Tous les avis sont bons à écouter, mais la prudence conseille de n’accorder une confiance aveugle et totale à personne. Bien sûr et heureusement il existe des gens à qui l’on peut se fier davantage qu’à d’autres parce qu’ils sont francs et honnêtes. Mais il n’y a pas d’êtres supérieurs qui détiendraient la vérité universelle. Il n’existe que de simples hommes avec leurs qualités, mais aussi leurs défauts, des hommes qui croient connaître la vérité et se trompent, des hommes aussi qui mentent volontairement parce que le mensonge leur est utile.
Ne crois surtout pas que le mensonge soit réservé aux enfants. Ce n’est pas simplement le moyen de ne pas avouer qu’en jouant au ballon on a cassé le vase de grand-mère ou bien plongé un peu trop les doigts dans le paquet de caramels. Les grandes personnes mentent, elles aussi. Ni plus ni moins que les enfants. Autrefois, elles ont d’ailleurs été des enfants et il serait surprenant que d’un seul coup, parce qu’elles sont devenues grandes, elles se mettent à dire toujours la vérité.
C’est là une chose tout à fait regrettable, car la vie serait certainement plus agréable si chacun essayait de s’approcher le plus près possible de la vérité.
Cependant, il est facile de dire que les autres mentent. Le plus difficile est de s’efforcer de ne pas les imiter. Je ne vais pas te faire la morale en te disant que le mensonge est un vilain défaut. Il y a d’ailleurs des cas où il est nécessaire de mentir, par exemple pour ne pas dénoncer les autres ou pour ne pas leur faire trop de mal.
Si un de tes camarades arrive en pleurs et raconte : « Tout le monde se moque de moi, on m’a dit que j’avais un nez de clown et des oreilles en choux-fleurs. » Même si c’est vrai, il vaut peut-être mieux lui assurer que son nez ressemble à tous les autres nez et ses oreilles à toutes les autres oreilles.
Mais il t’est certainement arrivé de mentir inutilement et de te trouver empêtré dans ton mensonge sans pouvoir t’en sortir. Au départ, c’était un tout petit mensonge et cela prenait peu à peu d’énormes proportions, comme lorsqu’on fait une tache sur son cahier et que l’on essaie maladroitement de la gommer. Au lieu de disparaître, elle grandit et bientôt on ne voit plus qu’elle.
Les hommes politiques sont en général plus adroits. Quand ils mentent, ils s’arrangent pour dissimuler leurs mensonges. Ils ne parlent pas des choses qui les gênent, ils affirment des choses fausses avec tellement de conviction et d’aplomb, que l’on finit par les croire. Ils jurent leurs grands dieux qu’ils sont purs comme le bébé qui vient de naître, ils accusent au contraire les autres de mentir.
Ne te laisse pas impressionner par ces froncements de sourcils, par ces cris d’indignation. Cherche toi-même la vérité. Il arrive que ce soit celui qui paraît le moins sincère qui dise en fait la vérité – il y en a quand même ! – Les hommes sont de grands comédiens. Ne te laisse pas abuser par leurs grimaces. Par leurs qualités d’orateurs non plus. Ce n’est pas parce que quelqu’un parle bien, est beau, a fière allure, qu’il dit forcément la vérité. Le fait d’hésiter sur les mots, de bégayer, de baisser les yeux, ne prouve pas que l’on ment. Le fait d’avoir un nez de clown, comme le camarade de tout à l’heure, ne prouve pas que l’on n’est pas sérieux.
Essaie de ne pas attacher trop d’importance à ces détails. La vérité n’est pas inscrite sur les fronts ou derrière les sourires. Elle est au fond des cœurs et des esprits et il est beaucoup plus difficile de la découvrir.



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