la politique
expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

Les inégalités entre les pays


Il n’y a pas qu’entre les êtres humains que l’on trouve des inégalités. Mais entre les différents pays. Il existe des pays où les gens ne savent plus quoi faire de leurs richesses, où ils suivent des régimes après avoir trop mangé, et d’autres où ils meurent de faim. Il y a des pays où les enfants hésitent entre une partie de tennis ou une promenade à cheval, et d’autres où, dès l’âge de six ans, ils travaillent au fond des mines ou mendient dans la rue.
Là aussi, il n’existe aucune raison valable. Celui qui est né dans un pays riche aurait très bien pu naître dans un pays pauvre ou le contraire. C’est le hasard de la vie.
Tu as vu à la télévision ces enfants squelettiques qui n’ont même plus la force de se lever et de marcher. Tu pourrais être l’un d’entre eux. Tu serais le même. Tu aurais la même envie de vivre et d’être heureux. Mais tu aurais faim.
Pourquoi de telles différences, alors que la Terre peut nourrir tous ses enfants ? Il y a bien sûr des raisons géographiques. Il existe des régions où rien ne pousse, où il n’y a pas d’eau, pas de végétation. Mais en fait, la principale raison, c’est l’égoïsme des hommes, leur refus de partager. Même dans certaines régions désertiques on a réussi à faire pousser des légumes et des fruits, à élever du bétail. Mais il faut pour cela de l’argent. Il faut que les pays riches acceptent de donner un peu de leurs richesses.
Il y a plus grave. Au lieu d’aider les plus pauvres qu’eux, les pays riches le plus souvent les exploitent et aggravent encore leur misère. Ils pillent leurs mines de fer, de cuivre ou d’étain. Ils abattent les arbres de leurs forêts et transforment en déserts des régions entières. Ils leur font cultiver des choses qui leur sont inutiles. Quand ils acceptent de leur payer ces produits, c’est à un prix dérisoire qui ne leur permet pas de vivre. Par contre, lorsque les pays riches leur vendent des marchandises – des voitures, des tracteurs, des machines, des postes de radio ou de télévision, des ordinateurs, et malheureusement des armes – c’est à un prix élevé. La richesse des pays riches, ce sont en partie les pays pauvres qui la construisent.
De temps en temps, pour se donner bonne conscience, on organise des quêtes, on envoie des médicaments, de la nourriture, du lait en poudre pour les enfants. Mais ce n’est qu’une goutte d’eau qui ne profite qu’à quelques-uns. Une aumône ridicule. (L’aide totale que la France apporte chaque année aux pays pauvres égale à peine ce que les Français dépensent pour leurs chiens.)
Il vaudrait mieux payer à leur juste prix les produits que possèdent les pays pauvres. Il vaudrait mieux leur donner les moyens de cultiver les légumes et les fruits qui leur sont nécessaires, creuser un puits dans chaque village, installer des pompes à eau, distribuer des outils, des charrues et des graines, des bateaux et des filets pour la pêche, planter des arbres, créer des ateliers et de petites usines qu’ils dirigeraient eux-mêmes et où ils fabriqueraient les choses qui leur sont utiles. Cela se fait bien sûr, mais pas suffisamment pour que ces pays puissent sortir de la misère, devenir véritablement indépendants et rejeter la dictature que leur imposent souvent leurs dirigeants avec la complicité des grands pays.
Cela éviterait aux pauvres d’être obligés de venir travailler dans les pays riches, en France par exemple, et de vivre dans des conditions souvent inhumaines, parqués dans des foyers ou des taudis, méprisés, injuriés, obligés d’effectuer tous les sales travaux dont personne ne veut : balayer les rues, ramasser les ordures et les crottes de chiens, manier les marteaux-piqueurs, grimper sur les échafaudages, travailler à la chaîne à toute vitesse dans le bruit et la poussière.
Mais, là aussi, c’est le mépris et l’égoïsme qui l’emportent. Aussi longtemps que ceux qui ont eu la chance de naître dans les pays riches se considéreront comme supérieurs, aucun progrès ne sera possible. Aussi longtemps qu’un Blanc, parce qu’il est blanc, se considérera comme plus intelligent qu’un Noir ou qu’un Arabe, aucun progrès ne sera possible. On peut bien sûr essayer de chasser de sa tête ce racisme. C’est important pour pouvoir se regarder dans une glace sans avoir honte. Mais il faut agir pour que le gouvernement dont on dépend accepte de partager avec ceux que l’on appelle les pays « en voie de développement » ou les pays du tiers-monde, pour ne pas prononcer le mot de « pauvres ».
Si l’on est parmi les riches, cela veut dire qu’on possédera moins de choses. Mais le véritable but de la vie est-il de posséder le plus de choses possible ? N’est-ce pas tout simplement de vivre fraternellement au milieu d’autres hommes qui nous ressemblent ?
Peut-on apprécier tous ces objets inutiles qui nous entourent, quand on sait qu’ils sont payés de la mort d’autres hommes, là-bas, dans ces pays où les enfants ont à peine la force de tendre la main ?



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