la politique
expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

Le pouvoir


Comme il serait agréable de vivre dans un monde où personne ne chercherait à dominer les autres, où chacun serait l’égal de chacun ! Malheureusement ce n’est pas le cas.
Tu le vois à l’école et dans la vie de tous les jours. On ne peut pas réunir cinq ou six personnes sans que l’une cherche à commander les autres, à leur imposer son point de vue. Il y a des gens qui veulent être chefs. Ils sont heureux de donner des ordres et de voir les autres leur obéir. Ils aiment qu’on les admire et qu’on dise qu’ils sont les plus grands, les plus beaux, les plus forts.
S’il y a un conseil à te donner, c’est de te méfier des chefs, des grands comme des petits, de ceux qui dans la cour de récréation décident toujours des jeux comme de ceux qui décident de la marche du pays.
Ne va surtout pas leur obéir les yeux fermés. Il est possible qu’ils n’abusent pas de leurs pouvoirs, mais il se peut aussi qu’ils en profitent pour t’imposer des choses injustes ou simplement qui ne te plaisent pas. Si tu estimes qu’ils ont tort, ne les suis pas. Aie le courage de dire non. Ce n’est pas toujours facile, mais c’est la seule façon de montrer que tu existes, que tu n’es pas un esclave agenouillé devant son seigneur et maître.
Il y a plusieurs manières en politique d’imposer un pouvoir. La première et la plus abominable, par la violence : on utilise l’armée et la police. Celui qui proteste est arrêté, frappé, torturé, fusillé. Il n’y a plus de liberté. La vie humaine n’a plus aucune valeur. C’est la dictature. Elle existe malheureusement dans plusieurs pays et tu as certainement vu à la télévision ou sur Internet ces hommes, ces femmes, ces enfants, que l’on traite comme des bêtes, ces cadavres laissés à l’abandon au milieu de la rue.
Même si elle n’atteint pas cette cruauté, la violence existe aussi parfois à l’école. C’est le grand qui dit au petit : « Donne-moi ton argent, ton téléphone portable, ou je te casse la figure ! Fais-moi mon devoir ou je te déchire tes cahiers ! » Elle existe de façon encore plus grave, mais heureusement plus rare, quand de véritables bandes se forment et rackettent les élèves ou se livrent à des trafics de drogue ou d’autre chose.
Dans les familles, la violence existe aussi lorsqu’un père terrorise ses enfants et les bat sous le moindre prétexte. (Le contraire se produit également parfois quand un enfant acquiert plus de force physique que ses parents.)
Toutes ces sortes de violence doivent être condamnées. Tous les êtres humains, forts ou faibles, riches ou pauvres, grands ou petits, ont la même valeur. Il n’y a aucune raison que les uns se servent de leur force pour dominer les autres.
La deuxième manière d’imposer injustement son pouvoir, c’est la propagande et le chantage. On fait peur aux gens, on leur dit que, s’ils n’obéissent pas, s’ils ne se regroupent pas derrière le chef, il leur arrivera toutes sortes de malheurs : des ennemis les attaqueront, on leur volera ce qu’ils possèdent, ils seront obligés de quitter leur travail et leur maison. Alors ils tremblent. Ils sont prêts à tout accepter, même des choses injustes. Aujourd’hui, dans certains pays, on se sert pour cela de la télévision, de la radio ou d’Internet. Ce sont là des moyens qui en quelques instants peuvent toucher des millions de personnes.
À l’école aussi, tu les connais ceux qui font peur aux autres pour pouvoir se servir d’eux. Ils disent : « Je vais vous protéger, mais il faut m’obéir, il faut me faire confiance. »
Il existe une troisième façon beaucoup plus acceptable d’arriver au pouvoir : les élections. Ceux qui veulent représenter les autres et diriger les affaires du pays, d’une région, d’un département ou d’une ville (président, députés, conseillers, maires) proposent leurs programmes. « Si vous votez pour moi, je ferai ceci ou cela. » Les personnes qui ont le droit de vote, du fait de leur âge ou de leur nationalité, choisissent ceux (ou celles) qui leur semblent être les plus capables. Les élections sont plus ou moins compliquées. On peut être amené à voter deux fois, un premier et un second tour. Il peut y avoir des candidatures individuelles ou des listes. (À côté des élections, il existe aussi des référendums où une question est posée à laquelle on doit répondre par oui ou par non.)
L’ennui, c’est que ce ne sont pas toujours les meilleurs qui se portent candidats. Le fait de vouloir être élu ne prouve pas que l’on est plus juste, plus honnête et plus intelligent. Et il arrive que l’on ait à choisir entre deux ou plusieurs personnes dont aucune ne nous plaît.
Ce n’est pas le système du vote qui est mauvais. Après tout, c’est le moyen le plus équitable pour chacun d’exprimer son avis. Lorsque dans un groupe de personnes on n’arrive pas à se mettre d’accord pour faire quelque chose, le mieux est de chercher à savoir ce que les plus nombreux désirent faire. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ont forcément raison.
Si, par exemple, dans une ville, certains souhaitent construire une usine et d’autres ne veulent pas car elle risquerait de polluer l’air, le mieux est de demander à chacun son avis. Si, dans une classe, on a décidé de faire un voyage de fin d’année, mais que les uns veulent aller au bord de la mer et les autres à la montagne, le mieux là aussi est de demander à chacun ce qu’il souhaite.
Mais élire un dirigeant, c’est autre chose que de décider de construire une usine ou de choisir le but d’un voyage. C’est donner à quelqu’un des pouvoirs importants pendant des années et des années. S’il ne tient pas ses promesses, il faudrait pouvoir lui dire : « Nous avons voté pour vous, parce que vous avez promis de faire telle chose. Vous ne l’avez pas faite, nous vous retirons vos pouvoirs. » Mais, dans la vie, les choses ne se passent pas comme cela. Les hommes politiques, lorsqu’ils sont installés, s’accrochent souvent à leur place. Rien n’empêche cependant de ne pas voter à nouveau pour eux (ou de ne voter pour personne, c’est-à-dire de s’abstenir).
Ce qui serait préférable, mais ce qui est compliqué à organiser, c’est que les gens se réunissent entre eux et fassent eux-mêmes le plus de choses possible, sans demander à qui que ce soit de les commander. La politique ne doit pas être l’affaire de quelques-uns, mais de tout le monde, c’est-à-dire de chacun de nous.
Dans certains cas, ce n’est d’ailleurs pas si difficile que cela. Ce sont les hommes politiques qui, en employant de grands mots dans leurs discours et en noyant les gens sous des avalanches de chiffres, font croire qu’ils sont les seuls capables de s’occuper des affaires d’une ville, d’une région ou d’un pays.
Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des gens honnêtes qui s’occupent consciencieusement du sort des autres, mais à partir du moment où quelqu’un souhaite posséder un pouvoir important, il faut être vigilant, car rien ne dit qu’il n’abusera pas de ce pouvoir.
Il peut aussi être honnête et sincère au départ, puis se laisser griser par le pouvoir, par l’argent (c’est ce qu’on appelle les « affaires »), par les honneurs, par la gloire, par le fait que tout le monde parle de lui, que sa photo est partout, qu’il passe à la télé et sur le Net, qu’il tient entre ses mains le sort de millions de personnes.
Dans la vie de tous les jours, tu en connais de ces gens qui changent d’attitude ou de caractère, parce qu’ils ont obtenu un poste important. Ils ne parlent plus à leurs amis d’autrefois, ils passent fièrement dans la rue. Le pouvoir leur est monté à la tête, comme le vin lorsqu’on en boit trop.
C’est pourquoi il vaudrait mieux ne pas donner à quelqu’un des pouvoirs importants pour une trop longue durée. Celui qui sait que dans quelques mois ou dans quelques années il n’aura plus de pouvoirs, qu’il redeviendra comme tout le monde, sera moins tenté d’abuser de sa situation élevée. Il ne se considérera pas comme supérieur aux autres, puisque du jour au lendemain il redeviendra l’égal des autres.
Il n’est jamais bon de laisser croire à quelqu’un qu’il est un dieu qui règne, assis sur les nuages. Il peut finir par le croire vraiment. Chaque être humain en fait est assis sur son derrière. Il faut le rappeler à ceux qui l’auraient oublié. Et d’abord à soi-même.



Tu veux réagir ? poser une question ?