la politique
expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

La pollution


Pour être heureux, il faudrait vivre dans un cadre agréable et tranquille. Malheureusement c’est rarement le cas. Les villes sont de plus en plus bruyantes et polluées. Les routes sont encombrées de voitures et de camions. Les usines crachent dans le ciel leurs nuages de fumées noires. On détruit les forêts, on transforme les campagnes en dépôts d’ordures. De temps en temps, un pétrolier fait naufrage et déverse son pétrole sur les plages et les rochers. On construit des centrales nucléaires, sans savoir si un jour elles ne se fissureront pas ou n’exploseront pas, en provoquant des catastrophes comme cela s’est déjà produit plusieurs fois, sans savoir non plus ce que l’on fera des déchets radioactifs qui sont dangereux pour la santé.
Chacun peut bien sûr essayer d’améliorer les choses : ramasser les papiers et les boîtes de conserves après un pique-nique dans les bois, éviter de faire trop de bruit chez soi ou dans la rue, ne pas jeter n’importe quoi dans les rivières, ne pas gaspiller l’eau, économiser l’électricité, n’utiliser sa voiture que lorsque c’est indispensable.
C’est important, très important même, mais ce n’est malheureusement pas suffisant pour régler ces problèmes que l’on appelle écologiques et qui dépendent d’abord des décisions que prennent les gouvernements. En fait, à partir du moment où des hommes vivent et travaillent dans un endroit, ils polluent. Plus ils sont nombreux, plus ils fabriquent d’objets et en consomment, plus la nature est détériorée autour d’eux.
C’est une évidence que tu as constatée. Il suffit de réunir plusieurs centaines de personnes pour une fête dans une clairière. Ils auront beau faire attention, ne pas laisser de papiers, ne pas casser les branches des arbres, le seul fait de marcher, de piétiner, transformera la clairière en un bourbier ou en une étendue complètement pelée. Pour toutes les activités des hommes, c’est la même chose.
Il n’est bien sûr pas question de faire disparaître les êtres humains. Limiter seulement l’augmentation de leur nombre pour éviter qu’un jour il soit totalement impossible de les nourrir tous. Mais, en attendant, il faut essayer de ne pas les faire vivre tous au même endroit.
Il n’est pas normal que les villes et les banlieues deviennent gigantesques, alors que les campagnes se dépeuplent. Que penserait-on de voyageurs qui s’entasseraient tous dans le même wagon d’un train, alors que les autres wagons seraient vides ?
Ce n’est pas toujours par plaisir que les gens quittent la campagne pour venir habiter dans les grandes villes où ils sont mal logés, parmi le bruit et la bousculade, loin du village où ils sont nés, loin de leur famille, loin de leurs amis. C’est pour pouvoir trouver un emploi.
Comme il serait plus simple de répartir les usines, les ateliers et les bureaux un peu partout dans le pays et notamment dans les petites villes. Comme il serait plus simple d’éviter que, pour se rendre à leur travail, les gens soient obligés de faire des dizaines de kilomètres, ballottés en train, en voiture ou en métro. Mais les gouvernements se soucient bien peu de ces problèmes.
C’est la même chose pour les objets que nous fabriquons. Beaucoup sont totalement inutiles. On les achète, mais on ne s’en sert presque jamais, ils encombrent nos maisons. C’est le cas de tous ces gadgets inutiles, de ces objets à la mode que l’on achète, histoire de faire comme tout le monde (les porte-clés clignotants, les cuillères-ventilateurs pour refroidir la soupe, les paniers pour jouer au basket dans les toilettes, les machines à cuire des œufs carrés…) Pour être fabriqués, ils ont cependant demandé du travail et ont parfois pollué la nature par les déchets que les usines rejettent dans l’air, dans la mer ou dans les rivières.
Ne serait-il pas plus intelligent d’essayer de fabriquer moins de produits inutiles, se contenter de choses qui durent longtemps et qu’on peut réparer ? Est-il par exemple nécessaire de changer de téléphone portable tous les ans ou même plus souvent ?
Cette réduction de production peut se faire sans augmenter le nombre des chômeurs. Elle permettrait à chacun de travailler moins, ce qui lui laisserait plus de temps pour lire, se divertir, discuter ou se promener.
Malheureusement notre société se préoccupe surtout d’une chose : l’argent. Ceux qui possèdent les usines – et qui sont de très loin les premiers responsables de la pollution – tiennent à continuer à fabriquer le plus d’objets et de produits possibles, même s’ils ne servent à rien, même s’ils ne rendent pas plus heureux les gens qui les achètent, même s’ils sont dangereux pour la santé de ceux qui les fabriquent et de ceux qui les utilisent. Plus ils vendent de produits, plus ils gagnent d’argent.
Il faut donc faire croire aux gens qu’ils ont absolument besoin de ces produits. C’est le rôle de la publicité : dans les journaux, sur les affiches, à la radio, à la télévision, sur Internet. « Achetez le chewing-gum X et vous mâcherez la vie en rose ! Achetez l’ordinateur Y, vous communiquerez mieux et vous serez plus intelligent ! Achetez le bain moussant Z et vous serez plus belle ! » Et les gens achètent le chewing-gum X, l’ordinateur Y et le bain moussant Z. Mais pour acheter, il leur faut de l’argent. Et pour avoir de l’argent, il leur faut travailler. Et pour travailler, il leur faut fabriquer certaines choses inutiles que d’autres achèteront.
C’est un cercle sans fin où l’on gaspille les ressources du monde dont certaines ne sont pas inépuisables : le pétrole, le charbon, l’eau douce, le fer, l’aluminium, le cuivre, le bois.
Ne serait-il pas temps pour ceux qui nous gouvernent de regarder d’un peu plus près le problème, de mieux répartir le travail des hommes et les ressources du monde ? Ne serait-il pas temps aussi, chacun de notre côté, que nous fassions un effort pour améliorer les choses, pour réduire notre consommation de certains produits, pour changer notre façon de vivre. Nous n’avons qu’une Terre. Lorsque nous aurons épuisé tout ce qu’elle contient dans ses entrailles, lorsque nous aurons pollué toute sa surface, ses plaines, ses lacs, ses mers, ses montagnes, son oxygène, il ne sera pas possible d’en demander une autre en échange, comme on remplace sa vieille voiture. C’est aujourd’hui qu’il faut y penser et surtout ne pas se dire que les choses sont comme ça, que l’on ne peut rien y changer. On ne peut pas empêcher la Terre de tourner, mais on peut changer la manière dont les hommes vivent sur la Terre.



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