la politique
expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

La guerre


Si notre monde était vraiment civilisé, les armes et les armées auraient depuis longtemps disparu. Les conflits entre les pays (ou les différentes régions d’un même pays) se régleraient pacifiquement, en s’asseyant autour d’une table et en discutant.
Ce n’est malheureusement pas le cas. Il ne se passe pas un seul jour sans que, quelque part dans le monde, des combats causent des morts et des destructions. Des guerres effroyables ravagent notre planète, faisant fuir des populations entières, des femmes et des enfants, qui cherchent désespérément à se réfugier loin des combats, loin des villes bombardées, loin des tueries.
Il faut dire d’abord que les guerres rapportent beaucoup d’argent aux grands pays qui fabriquent des armes et les vendent. Les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne écoulent des mitrailleuses, des chars d’assaut, des sous-marins nucléaires, des avions de chasse ou des lance-missiles, comme on vend des aspirateurs ou des bandes dessinées. Quand une fusée a bien fonctionné et provoqué de nombreux morts, celui qui l’a fabriquée se frotte les mains. Il va pouvoir en vendre beaucoup d’autres.
Certaines régions intéressent aussi les grands pays parce qu’elles possèdent dans leur sous-sol du pétrole, de l’uranium ou d’autres ressources qui sont indispensables pour faire marcher l’économie. Provoquer des guerres dans ces régions permet de s’emparer de ces richesses et de contrôler les voies terrestres ou maritimes qui permettent de les transporter. Il faut trouver pour cela un prétexte. Aujourd’hui, c’est principalement le terrorisme. Il est évident, nous en avons parlé longuement, que le terrorisme, qui frappe surtout les populations civiles innocentes, doit être condamné avec vigueur. Mais, pour lutter contre le terrorisme, les grands pays mènent de véritables guerres et tuent souvent encore plus de monde. Leurs armées occupent pendant de longues années des pays entiers, c’est par exemple le cas en Irak ou en Afghanistan, et soumettent la population à la loi du plus fort.
Un autre prétexte pour intervenir militairement est l’existence dans le pays concerné d’un dictateur. Vouloir rendre la liberté aux habitants, les soutenir dans leur lutte contre le pouvoir qui les opprime, est une bonne chose. Mais là aussi on est obligé de constater que les grands pays se préoccupent surtout des régions qui possèdent du pétrole ou d’autres ressources intéressantes, aujourd’hui la Libye et la Syrie par exemple. Ils profitent de ces guerres pour installer d’autres dirigeants aussi autoritaires que les précédents, mais qui seront plus conciliants avec eux, qui serviront davantage leurs intérêts.
Les guerres ne sont pas ce que l’on nous présente souvent : une intervention humanitaire, un combat des bons contre les méchants. C’est beaucoup plus compliqué que cela.
La grande raison des guerres a toujours été le désir de dominer les autres, de s’emparer de leur territoire, de leurs ressources, de les faire travailler à son profit, d’être toujours plus riche, toujours plus puissant. Ce ne sont pas là de très bons sentiments. Alors, comme dans la fable du loup et de l’agneau, chacun cherche de bonnes raisons pour faire la guerre.
Toutes ces hypocrisies ne serviraient à rien si les peuples des grands pays comme des petits n’acceptaient pas de se battre eux, s’ils répondaient à leurs gouvernements : « Cela ne nous regarde pas, nous n’avons pas d’ennemis. Débrouillez-vous tout seuls, nous ne voulons pas être soldats (ou payer des impôts pour que vous organisiez une armée). »
Malheureusement, pour inciter les peuples à se battre entre eux, il existe un vieux procédé qui marche toujours et encore : l’appel au patriotisme.
« Mourir pour la patrie, c’est le sort le plus beau », dit la chanson. On croit se battre pour la liberté et la justice ; mais, la plupart du temps, on meurt pour les marchands de canons, les bénéfices des gros industriels ou les ambitions des hommes politiques et des généraux.
Ce n’est pas mourir pour sa patrie qui est important, c’est vivre pour elle.
Il est normal d’aimer son pays, le coin de terre où l’on est né et où l’on a grandi. Mais pourquoi le considérer comme plus beau et plus grand ? Pourquoi se croire supérieur parce qu’on y habite ? Le montagnard aime la montagne, celui qui vit dans la campagne, au bord de la mer ou dans une ville aime la campagne, la mer ou la ville. Est-ce une raison pour affirmer que la montagne ou la ville vaut plus que la campagne ou la mer ? Tous ces lieux sont simplement différents les uns des autres. C’est la même chose pour les gens qui y habitent. Aucune population, aucune nation n’est supérieure à une autre. Elles sont différentes, c’est tout, et c’est ce qui fait la vraie richesse du monde : que des millions et des millions d’êtres humains soient différents les uns des autres, qu’ils aient des goûts différents, des vies différentes. Comme la terre serait triste et grise, si tout le monde se ressemblait !
Et pourtant on se bat encore pour l’honneur, pour la gloire, pour le drapeau, pour la patrie, pour la religion. Parce qu’on se croit supérieur aux autres, parce qu’on ne supporte pas qu’ils soient différents de nous, parce qu’on souhaite les dominer.
Dans tous les pays du monde, il existe tout de même des gens qui ne sont pas d’accord avec cela. On les appelle les pacifistes.
Ils sont favorables à un désarmement. Ils pensent qu’il est dangereux pour la paix et pour l’humanité en général qu’existent des stocks énormes d’armes atomiques ou autres. De quoi faire sauter plusieurs fois la planète. Cet armement coûte cher et l’argent pourrait être dépensé plus utilement, notamment pour faire en sorte que tous les êtres humains mangent à leur faim.
« Le désarmement de tous les pays est un rêve qui ne peut pas se réaliser, disent les gens qui s’estiment sérieux. Les hommes se sont toujours battus entre eux et se battront toujours. » Mais est-ce sérieux de croire que l’on peut obtenir la paix en préparant la guerre ?
« Notre armée n’est pas faite pour attaquer les autres, mais seulement pour défendre notre pays », proclament les gouvernements du monde entier. Pourtant il y a des guerres.
L’Histoire montre que, lorsqu’on dispose d’une armée, on est tenté de s’en servir, même si l’on est véritablement menacé par personne.
Dans la vie de tous les jours, tu as certainement remarqué combien le fait d’être armé aggrave les disputes. Un coup de couteau ou une décharge de fusil de chasse ont toujours fait plus de dégâts qu’une gifle. Bien des accidents seraient évités si les gens n’avaient pas d’armes à leur disposition. Après, il est trop tard. Mais notre société encourage les gens à s’armer. On vend des carabines dans les supermarchés ou même par correspondance. On habitue les enfants au maniement des armes, en leur offrant des jouets ou des jeux vidéo de guerre. (C’est là un domaine où, dès maintenant, si tu le veux, tu peux essayer de faire changer les choses, en refusant ce genre de jouets ou de jeux et en incitant tes camarades à faire de même.)
Quand les gens n’ont pas d’armes, ils sont encouragés à essayer de s’entendre, à discuter de leurs problèmes. Le plus souvent, il suffit d’en parler pour constater que les querelles ne sont pas aussi graves qu’on le croyait. Mais si, dès le départ, on a décidé de se battre, il y a fort peu de chances pour qu’on arrive à s’entendre.
C’est pour cela que les pacifistes rejettent la violence. Ils savent qu’il y a des circonstances où il faut se défendre et défendre les autres. Ne pas le faire serait une lâcheté. Mais ils s’efforcent d’écarter la violence lorsqu’il existe une autre solution.
Dans notre société, les affrontements ne prennent pas toujours l’allure d’une guerre entre militaires. Il existe d’autres formes de guerre : la guerre économique qui vise aussi à dominer les autres pays en produisant des marchandises moins chères ou plus perfectionnées, en provoquant chez les autres des fermetures d’usines qui entraîneront la mise au chômage de milliers de travailleurs. Vouloir gagner toujours plus d’argent, être de plus en plus puissant, passe avant le bonheur des êtres humains et leur entente entre eux.
Il est des guerres heureusement moins graves qui visent, elles aussi, à dominer violemment les autres : les guerres sportives. Le sport devrait être un jeu où chacun serait heureux de faire fonctionner son corps, ses bras, ses jambes. Un jeu où le résultat importerait peu, mais seulement le plaisir qu’on y prend, la joie d’être ensemble. Malheureusement, c’est devenu trop souvent le moyen de montrer qu’on est le plus fort et d’écraser les autres.
Quand il s’agit de compétitions entre pays différents, c’est à une véritable guerre qu’on assiste, avec les drapeaux, les défilés, les hymnes nationaux (qui, comme La Marseillaise, sont souvent des chants de guerre), les encouragements frénétiques, les injures à l’adversaire, les bagarres entre joueurs et les affrontements parfois mortels entre supporters.
Tous les gouvernements développent cette violence en donnant une importance énorme aux résultats sportifs. À chaque compétition on dirait que la réputation du pays est en jeu. Si l’équipe perd, on est déshonoré.
En fait, les gouvernements savent très bien que, quand les citoyens se passionnent pour le football, le rugby ou le cyclisme, un grand nombre d’entre eux s’intéressent beaucoup moins aux affaires du pays.
Autrefois, quand le peuple était mécontent, on organisait des combats dans les arènes. Aujourd’hui, on organise des matches de foot. Le football n’est pas en cause, c’est un jeu comme un autre. C’est l’utilisation qu’on en fait qui est mauvaise et qui transforme les matches en véritables guerres. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les reportages des matches à la télévision ou à la radio. On y parle « d’attaques », de « tirs », de « boulets de canon » envoyés dans les buts de l’adversaire. C’est le langage même de la guerre.



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