la politique
expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

L’action politique


Être bien informé sur les problèmes politiques, avoir des opinions, ne suffit pas. Encore faut-il essayer de les mettre en pratique dans la vie de tous les jours. Sinon à quoi serviraient-elles ? Tout juste à se dire : « Moi, j’ai raison, je pense ceci et non cela. » Un peu comme un athlète qui se forgerait des muscles, qui s’admirerait dans la glace, mais qui ne se servirait jamais ni de ses bras ni de ses jambes pour ne pas abîmer ses fameux muscles.
Une opinion n’a vraiment d’importance que si elle débouche sur une action ou au moins un geste, une parole. Cela ne veut pas dire qu’il faut te lancer dans des actes désordonnés, sortir de chez toi et hurler ce que tu penses. On te prendrait pour un fou et personne ne te suivrait.
Mais être témoin, par exemple, d’une injustice dans la rue et ne rien faire ni ne rien dire, alors qu’on le pourrait facilement et sans risque, est une lâcheté et un désintérêt total pour ce qui arrive aux autres. Personne certes n’est obligé de se dévouer pour autrui. Personne n’est obligé d’essayer d’améliorer les situations qu’il constate. L’action politique, qui est différente du seul fait d’aller voter au moment des élections, est un choix qui regarde chacun de nous, une décision que l’on doit prendre soi-même en toute conscience. (Ce que je vais te dire n’est donc nullement une obligation, mais une information et des conseils pour le jour où tu décideras d’agir.)
Il n’y a d’ailleurs pas de règles précises pour agir, pas de livre où l’on indiquerait : « Premièrement il faut faire ceci. Deuxièmement il faut faire cela. » Tout dépend du problème qui se pose. Dans certains cas, le mieux est d’abord d’essayer d’informer les autres, de leur ouvrir les yeux sur quelque chose qu’ils ignorent peut-être. Si l’on veut aller plus loin (et là on se trouve tout à fait au centre de l’action politique), on peut envisager d’organiser une réunion, envoyer des lettres aux journaux, des mails sur Internet, coller des affiches, distribuer des tracts ; dans d’autres cas, il est nécessaire de manifester dans la rue (ce qui ne veut pas dire tout casser) ; dans d’autres, c’est la grève et l’occupation de l’endroit où l’on travaille qui sont les moyens les plus efficaces.
Cependant, dès maintenant, à l’école, au collège, au lycée, chez toi ou dans la rue, il t’est possible d’essayer de peser sur la marche des événements, ne pas rester passif en face des injustices dont tu es le témoin. Seul ou avec d’autres camarades, tu peux lutter contre le racisme dont sont victimes les élèves étrangers ou bien les travailleurs immigrés de ton quartier. Tu peux, par exemple, protester quand un commerçant refuse de servir un Arabe ou un Noir, demander des explications au passant qui ne veut pas renseigner un étranger. En classe, tu peux réagir contre les punitions injustes, le mouchardage, le chauvinisme ou l’esprit de compétition. Tu peux éviter que deux camarades n’en viennent bêtement aux mains, éviter qu’une fille soit traitée en inférieure par les garçons, dans le cas d’un vol ne pas laisser soupçonner le plus pauvre, le plus mal habillé, le nouvel arrivant, l’étranger. Tu peux aussi aller en délégation pour expliquer une situation à un professeur ou au directeur de l’école, du collège ou du lycée, leur présenter des revendications.
Ce sont là de petits actes, mais ils demandent souvent du courage. Ce sont en tout cas des actes politiques, car ils visent à transformer le monde qui t’entoure. Ils te préparent aussi à des actions plus importantes, ils t’obligent à être sincère avec toi-même, à balayer devant ta porte, à ne pas te retrancher dans la facilité de l’inaction, ce fameux « Bof ! » qui est si commode. Ils t’habituent enfin à agir avec les autres.
Il existe certes des actions que l’on peut effectuer seul, cependant en général agir avec d’autres est beaucoup plus efficace. Mais où rencontrer les autres ? Partout. Dans ton école, dans ton collège, dans ton quartier, dans ta ville, à ton travail lorsque tu auras un emploi. Encore faut-il faire un effort. Celui qui reste dans sa coquille ne rencontre jamais personne. Il garde ses idées pour lui, comme on garde son porte-monnaie au fond de sa poche avec son mouchoir par-dessus. Les idées sont faites pour être partagées, confrontées, pour être semées un peu partout comme des graines. Elles servent à rassembler les gens qui pensent « Il faut faire quelque chose » et qui s’organisent pour faire effectivement quelque chose.
Ne va surtout pas te dire : « Moi, je ne saurai pas. Moi, je n’ai rien à apporter aux autres. » Chacun a quelque chose à apporter aux autres, même celui qui se croit le plus démuni, le plus faible, le plus insignifiant.
Aujourd’hui, c’est avec quelques amis que tu peux agir. Demain, tu choisiras peut-être de le faire à l’intérieur de groupes plus importants : un mouvement, un parti, une association, ou un syndicat si tu souhaites défendre les droits des travailleurs.
Ce n’est pas toujours facile. Il y a bien sûr parfois des disputes, des difficultés pour se comprendre. Il y a aussi les tâches ennuyeuses que l’on rechigne à faire : imprimer les tracts, coller les affiches ou les enveloppes, vendre les journaux dans la rue, envoyer les mails. Le mieux est de faire en sorte que tout le monde participe à ce travail matériel, qu’il n’y ait pas celui qui rédige les articles et ceux qui vont vendre, distribuer ou diffuser ses écrits. Les filles, par exemple, ne sont pas seulement là pour taper sur le clavier des ordinateurs, apporter le café ou préparer les sandwiches.
Il est d’ailleurs important que tout le monde sache faire un peu tout. Écrire un article, un tract, un communiqué ou un mail, filmer une vidéo, parler dans une réunion ou à la radio, ne sont pas des choses aussi difficiles qu’on le croit. Chacun doit s’y essayer. Cela évite aussi qu’un chef domine le groupe et impose son point de vue aux autres. Le groupe doit être l’affaire de tout le monde et non d’un seul ou de quelques-uns.
Mais faire partie d’un groupe, ce n’est pas seulement travailler, c’est aussi se retrouver entre garçons et filles qui ont le même but. C’est s’entraider, c’est partager les joies et les soucis de chacun. C’est se réjouir de faire quelque chose ensemble, être en accord avec ce que l’on pense, essayer de peser sur la marche du monde. C’est vivre tout simplement.



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