la politique expliquée aux enfants
(et aux autres)

un livre de Denis Langlois

Entretien (2007)


Comment parler de politique aux enfants ?, interview de Denis Langlois par Katrin Acou-Bouaziz (Journal des Femmes.com du 13 mars 2007).

En ces temps agités de campagne présidentielle, les enfants pourraient bien avoir envie de mettre leur grain de sel dans le débat. Et ils auraient bien raison ! Denis Langlois vous explique comment réagir.

A partir de quel âge les enfants s’intéressent-ils à la politique ?

Dès leur naissance ! Personne n’échappe à la politique puisque chacun est concerné par l’organisation de la vie de la collectivité. Petits, ils considèrent souvent la politique comme un domaine trop sérieux ou ennuyeux mais en réalité, tous s’y intéressent au moins inconsciemment au travers des discussions de leur entourage, des informations relayées par les médias mais aussi des situations concrètes qu’ils vivent au quotidien. A l’école, les élèves découvrent l’autorité, le pouvoir, la justice, la violence, l’inégalité, le racisme et même le fonctionnement de la démocratie, notamment grâce aux cours d’éducation civique. A la maison, dans leur vie de tous les jours, les enfants sont par exemple confrontés aux problématiques environnementales : ne pas gâcher l’eau, trier les ordures... Ils s’étonnent, posent des questions, s’indignent très spontanément. Bien sûr, le degré d’intérêt dépend aussi de celui des parents. Mais ce qui est sûr, c’est que les occasions ne manquent pas pour aborder le sujet.

Comment en parler intelligemment avec eux ?

D’abord en considérant qu’ils sont concernés avant leurs 18 ans. L’apprentissage de la citoyenneté constitue une étape clé de l’autonomie. Il faut donc s’efforcer de répondre à toutes les questions. Ensuite, en restant honnête. Inutile d’entretenir des tabous ou de donner des réponses toutes faites. J’avoue que c’est parfois difficile de définir des notions complexes comme la liberté ou le progrès... Cela implique donc d’être soi-même suffisamment informé sur ces questions pour pouvoir les expliquer simplement sans les caricaturer. Si le parent n’y parvient pas, mieux vaut qu’il en profite pour combler ses lacunes avec son enfant plutôt que de pratiquer la langue de bois. Ce genre d’attitude risquerait de dégoûter les bambins de la politique, ce qui signifie leur ôter l’espoir d’une société qui peut s’améliorer. Enfin, dans ce dialogue, il faut toujours donner des moyens à l’enfant de se forger sa propre opinion, de réfléchir par lui-même. C’est à dire ne pas se limiter à donner son avis mais pouvoir énoncer les arguments des différents courants de pensée et mettre à sa disposition d’autres sources d’information : livres, journaux, émissions de télévision...

Ne risque-t-on pas quand même d’influer sur l’opinion politique de ses enfants ?

Dans la majorité des cas, les petits enfants sont admiratifs de leurs parents et adoptent donc leurs avis. Il arrive qu’ils prennent le contre-pied, particulièrement à l’adolescence dans un mouvement de révolte plus large. Si les parents sont très engagés politiquement, cela peut devenir un thème de conflit majeur. Mais que ce soit dans un sens ou un autre (mimétisme ou opposition), l’opinion politique des parents constitue d’abord une base de réflexion. C’est pour cela que les parents peuvent exprimer sans crainte leurs convictions s’ils les explicitent. Leurs arguments seront autant de portes ouvertes aux enfants pour apporter des nuances, voire adopter une position singulière. En revanche, je suis tout à fait opposé au comportement de certains parents militants qui emmènent leur petit dans les manifestations et ou les meetings sans leur avoir demandé leur avis ou sans qu’ils en aient exprimé l’envie. Pour moi, c’est de l’instrumentalisation. Idem pour les adultes qui rejettent (à raison ou à tort d’ailleurs) la politique dans son ensemble mais ne donnent aucune explication.

La campagne présidentielle est-elle une occasion rêvée pour aborder le sujet ?

Ce n’est pas forcément le meilleur moment car le côté "spectacle" de l’événement envenime les discussions et les rend plus superficielles. En même temps, cette émulation et cette compétition ont l’avantage d’attirer l’attention des enfants. Souvent, ils ont envie de suivre le dénouement de l’élection et je n’y vois pas d’inconvénient. Je dirais donc que c’est un bon point de départ. Il faut que les parents prolongent le débat, l’approfondissent ou au moins le recentrent sur des questions fondamentales. Et tout ceci dans le calme pour que chacun apprenne à s’exprimer dans le respect de l’autre. Evitez aussi les disputes au sein du couple et de la famille, car la politique serait pour l’enfant associée au conflit.



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